Salaire brut ou voiture de société ? Pourquoi la mobilité flexible est le choix le plus intelligent en 2026
Un collaborateur demande une augmentation de salaire. Vous voulez le garder, alors vous commencez à calculer. Combien cette augmentation vous coûte-t-elle en tant qu’employeur, et combien cette personne touchera réellement en net ? La réponse est assez décourageante. Une augmentation de salaire brut de 500 € par mois vous coûte rapidement 625 € en tant qu’employeur, mais le travailleur n’en perçoit peut-être que 200 € net. Plus de la moitié disparaît en impôts et cotisations sociales.
Pas étonnant que les voitures de société soient devenues si populaires comme alternative. Mais en 2026, cette voie est aussi plus complexe que jamais. Quels sont les vrais coûts ? Et existe-t-il des options plus intelligentes pour les travailleurs qui ne veulent pas nécessairement une voiture ?
Les chiffres concrets : augmentation de salaire brut vs. voiture de société
Le coin fiscal en Belgique
La Belgique affiche l’un des coins fiscaux les plus élevés des pays de l’OCDE. Concrètement : la différence entre ce qu’un travailleur perçoit net et ce qu’un employeur paie brut est énorme.
Un employeur paie en moyenne 25 % de cotisations patronales ONSS en plus du salaire brut. Le travailleur paie ensuite 13,07 % de cotisations personnelles ONSS sur ce salaire brut, puis encore le précompte professionnel selon les barèmes progressifs. Pour un salaire moyen d’environ 48.000 € brut par an, le taux marginal d’imposition peut atteindre 60 %. Chaque tranche de 100 € brut supplémentaire ne rapporte donc au travailleur qu’environ 40 € net.
Pour illustrer : pour donner 200 € net de plus à un travailleur, vous payez rapidement plus de 600 € de coût salarial supplémentaire en tant qu’employeur. C’est la réalité en Belgique.
La voiture de société comme bouée de secours classique
Une voiture de société contourne une grande partie de cette fiscalité. Le coût de leasing est une charge professionnelle pour l’employeur, et le travailleur bénéficie d’un véhicule assuré et entretenu. Il ne paie des impôts que sur l’Avantage de Toute Nature (ATN), pas sur la valeur marchande complète de cet avantage.
Mais une voiture de société n’est pas « gratuite ». Pour le travailleur, l’ATN est comptabilisé comme revenu imposable.
L’Avantage de Toute Nature (ATN) : quel est le vrai coût d’une voiture pour le travailleur ?
L’ATN est calculé via une formule basée sur la valeur catalogue, l’âge du véhicule et les émissions de CO₂ :
| ATN = valeur catalogue × 6/7 × pourcentage d’ancienneté × pourcentage CO₂ |
Pour 2026, les valeurs de référence sont fixées par le SPF Finances :
- Véhicules essence : émission de référence 70 g/km
- Véhicules diesel : émission de référence 58 g/km
- Véhicules électriques : pourcentage CO₂ = 4 % (minimum)
- ATN minimum 2026 : 1.690 € par an
Exemple concret : véhicule diesel (Securex, 2026)
Un véhicule avec valeur catalogue de 28.600 €, moteur diesel, émissions CO₂ de 115 g/km et 1 an d’ancienneté :
| Pourcentage CO₂ : 5,5 % + (115 – 58) × 0,1 % = 11,2 % |
| ATN = 28.600 × 6/7 × 100 % × 11,2 % = 2.745 €/an (≈ 229 €/mois) |
Ces 229 € par mois s’ajoutent au revenu imposable du travailleur. Selon la tranche d’imposition, cela représente un coût fiscal supplémentaire de 90 à 140 € net par mois. Ce n’est pas rien, mais reste bien moins cher que louer un véhicule en privé.
Qu’est-ce qui change en 2026 pour l’employeur ?
C’est là que cela devient vraiment pertinent pour les RH et la finance. À partir du 1er janvier 2026, les véhicules essence et diesel nouvellement commandés sont déductibles à 0 % pour l’employeur. Les véhicules électriques commandés avant fin 2026 restent déductibles à 100 %, mais ce taux diminuera progressivement à 67,5 % d’ici 2031. La direction est claire : la voiture de société à carburant fossile est fiscalement morte.
L’angle mort : que faire si votre travailleur ne veut pas de voiture ?
C’est là que le bât blesse pour de nombreuses entreprises. Une voiture de société fonctionne parfaitement pour le commercial qui est chaque jour sur la route. Mais que faire avec :
- Le citadin qui va au travail en vélo et en tram, et qui n’a pas de place de parking
- Le télétravailleur qui travaille structurellement plus de 50 % de chez lui
- Le collaborateur qui préfère payer son loyer plutôt que de faire la file dans les embouteillages
Si ce travailleur refuse la voiture, il se retrouve face à un choix difficile : accepter un avantage dont il n’a pas besoin, ou se contenter d’un équivalent en salaire brut, dont il ne gardera après impôts à peine la moitié.
C’est l’angle mort que les comparaisons classiques « salaire vs. voiture » manquent. Il existe une troisième option : le budget mobilité.
Le budget mobilité légal : le choix gagnant-gagnant pour employeur et travailleur
Depuis 2019, il existe en Belgique un budget mobilité légal : les travailleurs ayant (droit à) une voiture de société peuvent l’échanger contre un budget qu’ils dépensent librement pour la mobilité ou le logement. Le budget est basé sur le Coût Total de Possession (TCO) du véhicule échangé.
En 2026, les limites sont : minimum 3.233 €/an, maximum 20 % du salaire brut ou 17.245 €/an.
Le budget mobilité est divisé en trois piliers.
Pilier 1 : Voiture de société électrique
À partir de 2026, uniquement des véhicules entièrement électriques. Traitement fiscal : identique à une voiture de société classique (ATN applicable).
Pilier 2 : Mobilité durable (le vrai avantage)
Entièrement exonéré d’impôts et de cotisations sociales. C’est le pilier le plus intéressant. Qu’est-ce qu’il couvre ?
- Transports en commun (train, bus, tram, métro)
- Vélo électrique ou speed pedelec
- Mobilité partagée (électrique)
- Frais de logement : loyer ou remboursement d’hypothèque si vous habitez à moins de 10 km du travail, ou si vous télétravaillez structurellement plus de 50 % (votre domicile est alors considéré comme lieu de travail, quelle que soit la distance)
Pilier 3 : Versement en cash
Le budget restant est versé en fin d’année, soumis à une cotisation spéciale de travailleur de 38,07 %. Toujours plus avantageux qu’une augmentation de salaire classique, mais moins intéressant que le pilier 2.
Exemple concret (Liantis, 2026)
Martin échange sa voiture diesel (TCO : 10.500 €/an) contre un budget mobilité. Il choisit une voiture électrique (7.000 €), un vélo électrique (1.599 €), des tickets de train (564 €) et un abonnement annuel De Lijn (580 €). Le solde restant de 757 € lui est versé en cash. Ses dépenses du pilier 2 (2.743 €) sont entièrement exonérées d’impôt.
Important pour les employeurs : le budget mobilité devient obligatoire à partir du 1er janvier 2027 pour les entreprises comptant au moins 50 travailleurs qui proposent déjà une voiture de société depuis 36 mois. Les entreprises de moins de 15 travailleurs bénéficient d’une exemption complète. Commencez donc à y réfléchir dès maintenant.
Échange de salaire et avantages en nature : rendez votre politique salariale vraiment flexible
Le budget mobilité est un outil. Mais une politique salariale solide combine plusieurs couches et avantages extralégaux. Via un plan cafétéria, les travailleurs peuvent échanger une partie de leur bonus brut ou salaire contre des avantages en nature fiscalement bien plus avantageux :
- Chèques-repas Pluxee pour le pouvoir d’achat quotidien (jusqu’à 10 €/jour, exonérés de charges sociales)
- Éco-chèques Pluxee pour des achats durables (jusqu’à 250 €/an, également exonérés de charges sociales)
- Options de mobilité via le budget mobilité (Pluxee Mobility)
Le principe est toujours le même : les euros accordés via les avantages extralégaux sont nettement plus intéressants net que les mêmes euros sous forme de salaire brut. Un travailleur qui fait ses choix via un plan cafétéria obtient donc plus pour le même budget.
Pourquoi les RH doivent miser sur la flexibilité
La raison la plus souvent invoquée pour reporter le budget mobilité ou un plan cafétéria : « Trop d’administration. » C’est une crainte compréhensible, mais dépassée.
Les plateformes RH modernes associent automatiquement les dépenses du pilier 2 à la paie. Les nouveaux collaborateurs sont enregistrés automatiquement. Le travailleur gère ses avantages mobilité via une application. Vous gardez le contrôle sur le budget, sans suivi manuel dossier par dossier.
Les vrais risques se situent ailleurs : une politique de mobilité dépassée qui ne correspond pas aux besoins réels de vos collaborateurs. Les jeunes travailleurs, Gen Z et Millennials, attendent de la liberté de choix et un employeur qui réfléchit à la durabilité.
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Questions fréquentes
Qu’est-ce qui est plus avantageux : un salaire brut plus élevé ou une voiture de société ?
Cela dépend de la situation, mais dans la plupart des cas, une voiture de société ou le budget mobilité est plus avantageux en net pour le travailleur. Une augmentation de salaire brut perd jusqu’à 60 % en impôts et cotisations sociales. Une voiture de société n’est imposée que sur l’ATN, pas sur la valeur totale. Le budget mobilité (pilier 2) est même entièrement exonéré d’impôt. Faites-vous toujours conseiller par votre secrétariat social pour un calcul personnalisé.
Puis-je échanger ma voiture de société contre un budget mobilité ?
Oui, c’est possible si votre employeur a mis en place le budget mobilité et que vous avez eu droit à une voiture de société pendant au moins 3 mois. Le budget est basé sur le TCO de votre véhicule. Vous pouvez le répartir entre une voiture électrique (pilier 1), la mobilité durable ou les frais de logement (pilier 2) et éventuellement un solde en cash (pilier 3).
Comment calculer le TCO d’une voiture de société ?
Le Total Cost of Ownership comprend tous les coûts réels : coût de leasing, carburant ou frais de recharge, entretien, assurance et taxe de circulation. Ce montant total constitue la base du budget mobilité. Vous pouvez également opter pour une formule de calcul forfaitaire. Le choix s’applique à tous les travailleurs et est valable 3 ans.
Le budget mobilité est-il fiscalement plus avantageux qu’une augmentation de salaire en cash ?
Pour les dépenses du pilier 2 : certainement. Elles sont entièrement exonérées d’impôts et de cotisations sociales tant pour l’employeur que pour le travailleur. Un versement en cash via le pilier 3 est soumis à une cotisation de solidarité de 38,07 %, ce qui reste plus avantageux qu’une augmentation de salaire classique. Mais le pilier 2 est le véritable levier fiscal.
Sources et avertissement
Sources : SPF Finances, Securex, SD Worx, Liantis, SBB Accountants & Adviseurs
Avertissement : cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Les règles fiscales concernant les voitures de société et le budget mobilité changent régulièrement. Consultez votre comptable ou secrétariat social pour un conseil personnalisé.